Le projet de recherche collaborative franco-suisse STAR3 s’est achevé le 8 octobre 2026 à Genève, à l’occasion d’un symposium réunissant les acteurs des filières textile et plastique. Après deux ans et demi de travaux, le projet livre des résultats concrets sur la caractérisation et la composition des déchets collectés, leur potentiel de recyclage et les solutions de valorisation expérimentées. Ces recherches permettent également de mieux comprendre les conditions nécessaires au développement de nouvelles filières circulaires. Retour sur les principaux enseignements de cette coopération transfrontalière.
STAR3, textiles & plastiques vers un avenir circulaire
Face à l’augmentation des volumes de produits en fin de vie, à la baisse de leur qualité et aux enjeux de transition écologique, la mise en place de filières circulaires constitue un défi majeur pour les industriels, les collectivités et les acteurs du tri et de l’économie sociale et solidaire.
C’est dans ce contexte que s’inscrit STAR3, un projet soutenu par le programme Interreg France-Suisse, visant à développer des solutions de traitement et de valorisation des déchets textiles et plastiques sur le territoire transfrontalier du Grand Genève.
Porté par l’IFTH (Institut Français du textile et de l’habillement) en France et la société coopérative Démarche en Suisse, le projet associe deux centres techniques industriels, l’IFTH et IPC (Innovation Plasturgie Composites), aux acteurs du tri & de l’économie sociale et solidaire : le centre de tri textile CTFC (Collectif textile franc-comtois), la ressourcerie REED, Caritas Genève et le Centre social protestant de Genève.
Cette coopération s’est articulée autour de trois objectifs : caractériser les gisements, expérimenter des procédés de recyclage et évaluer les conditions techniques, environnementales et économiques de leur développement.
Pourquoi associer les filières textile et plastique ?
Dans les ressourceries, textiles et plastiques se côtoient en permanence : vêtements, jouets, ameublement… Leur diversité et leurs compositions complexes appellent des réponses communes pour le tri et le recyclage. Mettre en commun les expertises des deux filières contribue à développer des méthodes partagées pour mieux identifier, trier et valoriser ces matières.
Quels enseignements retenir du symposium STAR3 ?
Le 8 octobre 2026, les partenaires se sont réunis à Genève pour présenter les résultats de deux ans et demi de collaboration. Les interventions institutionnelles et les deux tables rondes consacrées à l’industrialisation du recyclage textile et à la structuration d’une filière circulaire des plastiques ont permis de confronter les résultats scientifiques aux enjeux réglementaires, économiques et opérationnels.
Cette journée a également mis en évidence une conviction commune : leur essor repose autant sur les avancées technologiques que sur l’organisation de la chaîne de valeur, de la collecte aux débouchés industriels.
La structuration de ces filières nécessite également un cadre réglementaire et législatif adapté, capable de soutenir le développement des débouchés pour les matières recyclées, de renforcer les exigences d’écoconception et de mobiliser durablement l’ensemble des acteurs : collecteurs, trieurs, industriels, marques, collectivités et organismes de recherche.
Au-delà du projet STAR3, ces évolutions constituent des leviers essentiels pour pérenniser les coopérations, sécuriser les financements et accompagner le déploiement de filières de recyclage viables à plus grande échelle.
Plus de 35 tonnes de déchets textiles & plastiques caractérisés
Pour mieux connaître les gisements disponibles et leur potentiel de valorisation, STAR3 a réalisé une cartographie transfrontalière des flux issus de centres de tri et de ressourceries français et suisses. Durant douze mois, les partenaires ont étudié la composition des déchets collectés et les contraintes associées à leur recyclage.
Cartographie textile
L’analyse de 120 000 articles textiles a mis en évidence la diversité des matières des flux collectés. Le coton représente environ 32 % des compositions identifiées, devant le polyester (9 %) et les mélanges coton-polyester (8 %).
Au-delà de la nature des fibres, les travaux ont mis en évidence plusieurs obstacles au recyclage. Ainsi, 64 % des articles comportent au moins un point dur, comme un bouton ou une fermeture, susceptible de perturber les opérations de recyclage. Les analyses ont également révélé les difficultés de reconnaissance des textiles foncés, multicouches ou composés de plusieurs matières.
Ces résultats contribuent à mieux définir les besoins des centres de tri et à orienter les matières vers les procédés les plus adaptés.
Cartographie plastique
Du côté des plastiques, plus de 5 900 kg d’objets ont été analysés, notamment des jouets, du mobilier et des articles de bricolage et de jardin.
La diversité de ces objets se retrouve dans leur composition ; vingt types de polymères ont été identifiés, avec une prédominance du polypropylène (PP), qui représente 59 % de la masse caractérisée, suivi du polyéthylène (PE), du polystyrène (PS) et de l’acrylonitrile butadiène styrène (ABS), chacun autour de 10 %.
Ces résultats permettent de mieux connaître les matières disponibles et d’identifier les familles de polymères susceptibles d’être orientées vers des procédés de recyclage.
Cette première étape de caractérisation a ainsi permis de cibler les matières et catégories de produits afin d’orienter les expérimentations de recyclage conduites dans le cadre de STAR3.
Recycler, réemployer, prolonger la durée de vie des produits
À partir des gisements identifiés, les équipes ont expérimenté plusieurs procédés de transformation des matières collectées selon plusieurs voies de recyclage et démontré leur faisabilité technique. Les essais textiles ont notamment démontré la possibilité de produire des fils incorporant jusqu’à 40 % de polyester recyclé par voie mécanique, 10 % par voie thermomécanique, ainsi qu’un fil composé de 100 % de viscose recyclée en laboratoire.
Côté plastique, une chaîne pilote semi-industrielle associant des étapes de tri, de broyage et de granulation a abouti à la production de matières recyclées commercialisables. Ces travaux ont également mis en évidence les possibilités de valorisation en boucle ouverte et fermée, ainsi que les perspectives de traitement à plus grande échelle.
Le projet a également exploré des solutions pour prolonger la durée de vie des produits, notamment à travers le réemploi ou la réparation sur une plateforme pilote d’impression 3D implémentable en ressourcerie. Cette démarche s’est accompagnée d’un volet de sensibilisation, via la mise en place de plus de 70 ateliers. Plus de 10 000 personnes ont participé au jeu de plateau développé dans le projet, baptisé « drrrressing : 4R pour tout changer », pour mieux comprendre les matières, les enjeux de consommation textile et les possibilités de seconde vie des produits.
Des acquis pour construire les filières de demain
Si le symposium marque l’achèvement du projet, ses résultats constituent une base de travail pour de futurs développements industriels. Les expérimentations ont démontré plusieurs faisabilités techniques et précisé les conditions de leur déploiement : lever les freins au tri, sécuriser les volumes disponibles via la massification des flux, identifier des débouchés et construire des modèles économiques viables. Le projet STAR3 laisse un acquis collectif : des connaissances partagées, des procédés expérimentés et de nouvelles complémentarités franco-suisses pour faire progresser la circularité des matières.
Mieux comprendre le projet en vidéos
Découvrez en vidéo l’aftermovie du symposium de clôture / octobre 2026 !
Visuels cartographies © IFTH
-04/11/2026-
